Encore une heure

24 avril 2013

Résumé

 

EmptyClassroomÀ quelques jours près, Antoine et Mélodie auraient eu 10 ans d’écart.

À quelques bavardages près, leur histoire n’aurait jamais commencé…

Âgé de 27 ans, Antoine Challon est professeur d’histoire-géographie dans un lycée privé de la banlieue Lyonnaise, tandis que Mélodie, élève de terminale L, n’a que deux objectifs dans la vie : contredire ses profs et profiter au maximum de sa jeunesse.

 

 

Posté par Sephirotha18 à 12:14 - Commentaires [0] - Permalien [#]


Chapitre 1

 

C'est décidé : je déteste officiellement le lundi. Laissez-moi vous expliquer... Revenons directement à ce matin : Lundi 8 décembre 2014, aux alentours de 11h03.

- Dites-moi, Mlle Villard…

À chaque fois qu’il m’interpelait de cette manière, s’en suivait une longue leçon de vie, commençant systématiquement par « Savez-vous que… » et terminant par le classique « …donc maintenant, vous allez vous concentrer.». Mais depuis peu, j’avais un filtre anti « D-m, MV ». Le principe était simple : lorsque ces 4 mots sortaient de sa bouche, je ne lui répondais pas, il ne me faisait pas la moral, et tout le monde était gagnant.

Mais cette fois-ci, c’était différent. A son intonation et sa façon d’avoir accentué le dernier mot, je savais qu’il s’attendait à me voir relever la tête. Je n’en fis rien. Et comme à son habitude, ma voisine, avec laquelle j’étais plongée en grande conversation, fit mine de ne pas l’avoir entendu. Je ne lui avais pas prêté mon détecteur, mais elle m’adorait et pour rien au monde, elle ne m’aurait trahit. 

Nous nous sommes rencontrées sur les bancs du collège, et elle est rapidement devenue, ce qu’on appelle aujourd’hui, ma moitié. Tout le monde a besoin de sa moitié, et la mienne s’appelle Priscilla Fild. Elle est ma confidente, ma deuxième sœur, mais surtout, mon inséparable voisine de classe.

- Moi, répondis-je sans écarquiller les sourcils. Cette tentative d’humour insolent fit rire mon amie, puis toute la classe, à sa suite. Encouragée par mes camarades, je pris mes affaires et quittai la salle, et prenant soin de claquer la porte rageusement. Enfin, ça c’est seulement ce dont je rêve depuis que ce professeur a pris la mauvaise habitude de m’apostropher à coup de « D-m, MV ».

- Mlle Mélodie Villard ! Tonna t-il. Cette seconde tentative me tira de mes pensés et je ne pus contrôler le petit sursaut qui me secoua. Un regard à Priscilla suffit à lui faire comprendre que j’avais capitulé, mais que je ne renoncerais pas si facilement. Notre stratégie dans ce genre de situation critique était mise au point depuis des années déjà. Tout comme ma voisine, je relevai la tête et affichai mon plus beau sourire, mais Chalamangé n’était pas du genre à se laisser avoir par nos jolis minois, aussi, il enchaina.

- Savez-vous Mlle Villard, que nous sommes ici dans une salle de classe, et non sur les banquettes d’un café.

Je ne répondais pas, et laissais divaguer mon regard sur le tableau blanchi par la craie, dans son dos. Ça y est, j’allais avoir le droit à la rengaine habituelle : mes mauvaises notes, mon risque d’échec au bac, couplé avec mon renvoi du lycée… et enfin, il me demanderait de me concentrer.

- Les résultats de Mlle Fild lui permettent de prendre un peu de bon temps, mais je doute très fortement que les vôtres vous offrent cette chance. Vos notes sont en chute libre, et vos bavardages intempestifs augmentent de manière exponentielle. Mais je suppose que vous aimez tellement ce lycée, qu’une année supplémentaire parmi nous, vous réjouit. Cependant, je ne pense pas que l’administration et le corps des enseignants soient de cet avis. Donc, à moins que vous ne souhaitiez faire une deuxième terminale dans un autre établissement, je vous prie de bien vouloir vous concentrer.

Ah ! Ce qu’il peut m’énerver… Je n’aime pas ce professeur coincé, pour 2 raisons :

La première : il est jeune et afin de maintenir une certaines distance avec ses élèves, il préfère nous vouvoyer. J’ai l’impression de prendre 10 ans quand il me parle, et ce, malgré le fait qu’il me fait la morale comme à une gamine.

Et la deuxième : d’après toutes les filles, il est  « sexy ». Elles se pâment toutes devant lui. Même les plus nulles passent des heures à réviser, la veille des interros d’histoire-géo, juste pour faire bonne figure. Quant à moi, je ne suis absolument pas réceptive à son soi-disant charme, et la seule chose qui me ferait envie, serait de lui claquer la porte au nez.

D’ailleurs, je remarque qu’en fait il y a 3 bonnes raisons, mais la dernière me reste un peu coincée en travers de la gorge : je n’arrive pas à lui répondre ou à être insolente. Avec tous mes autres professeurs, cela ne me pose aucun problème : je bavarde, on me rappelle à l’ordre, je réponds, le ton monte, les menaces fusent, puis le prof fini par abandonner. Cependant, avec lui ça coince, je ne peux me résoudre à lui renvoyer la balle. Et comme elle reste toujours dans son camp, il commence à croire qu’il a de l’autorité sur moi, ce qui m’agace profondément. Mais dès que j’ouvre la bouche pour le lui faire savoir, il n’en sort qu’un…

- D’accord monsieur Challon, désolée.

- Bien, Mlle Villard, dit-il calmement, à présent reprenons le cours.

Dès qu’il se retourna, j’inclinai la tête vers Priscilla. À l’instant où nos regards se croisèrent nous pouffâmes, et même si Chalamangé nous entendit, il ne prit pas la peine d’interrompre de nouveau son cours. Elle me fixa d’un regard pétillant et murmura à mon intention :

- Chalon, Chalamangé, Chaldebin, Chal…crétin !

Priscilla avait le chic pour trouver des surnoms tordus à chaque professeur, auxquels j’adhérais sans peine. C’était une sorte de code entre nous, et cela nous permettait de pouvoir casser du sucre sur dos de n’importe qui, sans éveiller les soupçons. Du moins, c’est ce que je supposais, jusqu’à ce jour où il m’a prouvé le contraire…

Au fait, je ne me suis pas présentée. Mais vous l’aurez compris, je suis « Mlle Villard ». Mélodie Villard, pour être plus précise. J’ai 17 ans et je suis en terminale L, dans un lycée privé, répondant au nom de « Charles de Gaulle ». Tous mes professeurs me détestent, et je leur rends bien.

Posté par Sephirotha18 à 12:15 - Commentaires [0] - Permalien [#]

Chapitre 2

 

Je faisais nerveusement tourner mon verre vide entre mes doigts, tout en fixant l’enveloppe posée sur la table. Impossible de se tromper : en haut à gauche de celle-ci figurait bel et bien le logo du lycée Charles de Gaulle. Dans mon cas, recevoir une lettre de mon école (adressée à M. et Mme Villard) était synonyme de jours sombres et d’ambiance électrique à la maison. Le trimestre d’hiver venait à peine de commencer, il était donc impossible que cela puisse être mon bulletin de notes. Pourtant, il aurait peut-être mieux valut que ce soit mes pitoyables résultats à la place de je ne sais quelle sorte de lettre incendiaire écrite de la main d’un de mes professeurs.

J’étais en train de prier pour que cette année, exceptionnellement, les bulletins de notes soient envoyés avant les vacances de Noël, quand ma sœur fit irruption dans la cuisine.

- Hé Mel, t’as vu qu’on a reçu une lettre de ton bahut ? demanda t-elle, en insistant lourdement sur le mot « lettre ».

Harmonie a tendance, ce qui me donne parfois des envies de meurtre sur sa personne, à remuer le couteau dans la plaie.

- Ouais, j’ai vu ça, répondis-je mollement, sans même lever le nez.

- Tu crois que ce sont les notes ? Ça veut dire qu’on va aussi recevoir les miennes ? Oh non… Maman va me tuer si elle voit ma moyenne en maths, et papa va hurler quand il va voir mes résultats en sp…

- Nini, la coupai-je, stop, ce ne sont pas nos notes, c’est pas possible ! Même si j’aimerais bien, terminai-je pour moi. Ça doit surement être une convocation, continuai-je, ou peut-être un avis de retard ou d'abs...

Mon absence ! Mais bien-sûr, pourquoi n’y avais-je pas songé plus tôt ? Sans doute parce que c’était la première fois depuis des mois que je n’avais pas loupé les cours. Je m’en voulu d’avoir oublié la procédure, et rigolai de mettre mise dans tous ces états, pour une simple lettre d’absence non justifiée.

Le mardi précédent mon frère avait passé sa soutenance de thèse, dans son université au cœur de Lyon, et mes parents avaient insisté pour que j’y assiste, quitte à louper les cours du matin. Ils avaient argumenté leur demande en invoquant le fait que, moi aussi dans quelques années, je serai bien contente que ma famille me soutienne dans de telles situations. Ils avaient également ajouté que la chance de voir son frère soutenir 3 ans de travail acharné, face à un jury, ne se présenterait qu’une seule fois dans ma vie. Effectivement, je n’ai qu’un frère, ce qui limite les possibilités… Je n’ai donc pas pu échapper aux deux longues heures sur la physique quantique et le rayonnement électromagnétique. Génial ! Mais, je crois que l’heure la plus écœurante de cette matinée là, fut celle du pot, en compagnie d’une bonne vingtaine de ses collègues, dont le QI de chacun n’était pas en deçà de 150. Qu’est-ce qu’une lycéenne, littéraire par-dessus le marché, faisait au milieu de tous ces scientifiques ? A part, figuration, je  ne vois pas… Autant dire qu’après cette épouvantable matinée, faire justifier mon absence n’était plus vraiment ma priorité.

Je laissai ma sœur dans la cuisine et couru jusqu’à ma chambre pour appeler Priscilla et lui annoncer la « bonne » nouvelle. Nous rîmes pendant dix minutes en essayant d’imaginer quel genre de lettre cela aurait pu être si elle provenait d’untel ou untel… J’allumai ensuite mon ordinateur, et me connectai à Facebook. Deux nouvelles demandes d’amis : un plouc de mon club de lecture, et un habitué du bar où je travaille. Je les refusai toutes les deux et commençai à parcourir le fil de l’actualité de mes 453 « connaissances », quand j’entendis au rez-de-chaussée ma mère m’appeler. Mon sang ne fit qu’un tour dans mes veines : cela ne devait pas être une absence…

- Mélodie, commença ma mère, ta rencontre parents-professeurs est dans deux semaines, et nous recevons une lettre de ton professeur principal indiquant que tu n’as pris aucun rendez-vous. Zéro.

Cela faisait quelques jours que M.Gingé mon professeur de philosophie essayait de me parler à la fin de chaque cours. Persuadée qu’il me tiendrait la jambe toute la récréation à propos de ma dernière dissertation plus qu’insuffisante, j’avais à chaque fois quittée la classe le plus rapidement possible. Je me mêlais au flot d’élèves et feignais de ne pas voir ses signes de mains ni d’entendre ses « Mélodie ? Mélodie ? … Mlle Villard ?».

- Maman, protestai-je, tu sais bien que ce genre de réunion n’apporte rien de constructif pour…

- Rien de constructif ? C’est ton éducation qui serait à reconstruire -voir construire- entièrement, Mélodie. Tu sais bien, continua t-elle, que ton père et moi sommes très attachés à ce genre de rencontre, lors desquelles ont fait toujours de surprenantes découvertes.

En avril dernier, alors que j’étais en Première, la réunion avait été un vrai désastre. Chaque rendez-vous était pire que le précédent, à tel point que mes parents avaient voulu partir avant d’avoir rencontré tous mes enseignants. J’avais cependant insisté pour qu’ils rencontrent mon professeur d’allemand, qui je le savais, m’appréciait. Mais ce n’était qu’illusion. Ce dernier avait été le plus malpoli de tous, et avait littéralement insulté mes parents. Sacré faux-cul celui-là, je ne suis pas prête d’oublier ses paroles humiliantes et ses pensées dégradantes, qu’il cachait derrière un sourire. Heureusement, cette année j’ai un autre professeur d’allemand ; je soupçonne d’ailleurs mes parents d’y être pour quelque chose… Dans le privé, tout s’achète.

Comme si elle avait lu dans mes pensées, ma mère lança, autant pour moi que pour elle-même :

- Et j’espère bien que cette fois, on ne va pas se faire insulter par le professeur d’allemand !

Sa remarque ne nécessitant pas de réponse, je tournai les talons en direction de ma chambre.

- Mélodie, n’oublie pas de prendre des rendez-vous, hein ? Avec TOUS tes professeurs, et pas seulement ceux qui te plaisent.

Je lançai un « ouais » à la volée et quittai la pièce.

A cet instant, je ne savais pas encore que cette fameuse réunion serait émotionnellement une des pires soirées de ma vie, et pas seulement à cause de mes notes ou de mon comportement en cours…

Posté par Sephirotha18 à 17:08 - Commentaires [0] - Permalien [#]

Chapitre 3

 

C’est décidé : je déteste officiellement le lundi.

Première raison, c’est le retour de week-end, il faut retourner en cours, retrouver les profs, se lever à 6h30 les cinq jours qui suivent… et je déteste par-dessus tout -encore plus que les lundis- devoir sortir du lit en hiver, alors qu’il fait à peine 15°C dans la chambre. Je n’ai jamais compris pourquoi je ne pouvais pas dormir le radiateur allumé. A ce qu’il parait cela assèche l’air et ce n’est pas bon pour la santé de respirer plusieurs heures consécutives de l’air « sec ». Parfois je me demande où ma mère peut aller chercher de telles idées.

Deuxième raison, les lundis matin j’ai deux heures d’histoire-géographie, et je n’ai toujours pas trouvé la force de rabattre le caquet de ce prétentieux ! Mais c’est promis, si mercredi il ose à nouveau me faire sa morale à deux bales devant toute la classe, il va m’entendre. « Savez-vous M.Challon que… ? » Déjà, des bribes d’idées germaient.

Troisième raison, ce soir on est lundi, et ce soir, je suis de mauvaise humeur. C’est une bonne raison pour haïr à vie le premier jour de la semaine, non ?

Pourquoi ma mère avait-elle insisté pour aller à cette rencontre parents-professeurs ? L’année dernière, j’avais eu un mauvais pressentiment, mais cette fois, c’est encore pire. On est censé  préparer notre baccalauréat, et les profs son hyper exigeants ; ils le sont autant que je suis laxiste. Du coup je sais que dans deux semaines ça va être ma fête : ils vont tous se faire une joie de pouvoir me détruire face à mes parents. Je suis sûre que certains d’entre eux, les plus sadiques -et plus exaspérés, sans doute-, seraient aux anges si je m’effondrais en larmes devant eux. Mais je ne leur laisserai pas cette chance.

Alors que je pestai après les lundis, après ma mère et après mes professeurs, quelqu’un frappa à ma porte de chambre. Je savais que ce n’était pas ma sœur, elle n’était pas du genre à prévenir avant de débouler dans ma chambre. Ma mère quant à elle, préférait crier en bas des marches « Mélodie ! », si bien que toute la maisonnée était au courant qu’elle me cherchait. J’en déduisis donc qu’il devait s’agir de mon père. Je l’invitai à rentrer, en croisant les doigts pour qu’il ne rende pas mon lundi encore pire qu’il ne l’avait déjà été.

- Mél, ta mère m’a dit pour la réunion, lâcha t-il. Même pas un  « bonsoir, ça va ? ».

- Oui je me doute, mais tu sais, on a déjà eu une conversation toutes les deux, donc si tu n’as rien d’autre à ajouter, je veux bien que tu me laisses à me devoirs.

A ma plus grande surprise il recula de deux pas, et se dirigea vers la porte.

- Et donc, c’est tout ? Tu voulais juste t’assurer que le message était bien passé, demandai-je, agacée.

- Mouais, répondit-il seulement. Et il partit, me laissant seule face à mon bureau. Depuis que j’étais rentrée au lycée, mon père et moi avions quelques problèmes de communication. Ma mère mettait ça sur le dos de la puberté, mais je n’y croyais pas : quelle fille n’avait pas eu ses premières règles avant le lycée ?

Si l’on pouvait appeler cela une conversation, le seul point positif que je voyais à cette conversation, était qu’elle n’avait pas aggravé mon lundi.

 

Le lendemain, bien décidé à démarrer la journée sur de nouvelles bases, je passai devant l’accueil du lycée, le sourire aux lèvres et la tête haute. Je rejoignis mon groupe d’amis à notre coin habituel de la cours : tout au fond, autour d’un banc, sous un grand marronnier, bien triste à cette époque de l’année. De là, nous avions vue sur le portillon réservé au personnel du lycée, franchi tous les matins à la même heure par Mme Deboulit. Et tous les matins, cinq minutes avant son arrivée, nous prenions les paris sur la couleur de son tailleur. Le gagnant avait le droit de poser la question de son choix à quiconque avait pris les paris, et ce dernier devait lui répondre en tout honnêteté. Ainsi lorsque l’on avait quelque chose à cacher il était toujours possible de ne pas jouer, mais généralement cela attirait davantage l’attention sur son secret. Priscilla et moi avions pris l’habitude de raconter (presque) tout à nos amis ; ils étaient persuadé de tout savoir sur nous et faisions donc rarement l’objet des questions indiscrètes. Pour rien au monde, je n’aurais voulu révéler devant eux, le nom du garçon, qui dernièrement parcourait mes pensées, à toute heure du jour et de la nuit.

- Rouge sang, proposa Jimmy.

- Tu sais bien qu’elle ne met jamais deux jours de suite le même, lui rappela Damien, moi je vote bleu marine.

- Beige, ou peut-être blanc cassé, essaya Priscilla.

- Noir, tentai-je.

Dès l’instant où j’avais annoncé cette couleur, je savais qu’une avalanche de protestation allait s’abattre sur moi. Elle ne se fit pas attendre plus de deux secondes. Nous avions décidé que la couleur noire était la simplicité, et qu’elle était par conséquent interdite. Les jours où Mme Deboulit arrivait en tenue de deuil, il n’y avait naturellement aucun gagnant, ce qui agaçait les garçons, qui adoraient ce petit jeu « d’action ou vérité » », sans les actions.

- Je rigolais, me défendis-je, je pars sur du blanc.

- Et moi du gris, nous informa timidement Déborah.

L’objet de toutes nos attentes arriva à l’heure précise, mais malheureusement aucun de nous n’était tombé juste. Elle était vêtue de la tête aux pieds d’un tailleur stricte… et jaune, ce qui allait très mal avec ses cheveux blonds, soit dit en passant.

- Pour les jours comme celui-là, il faudrait qu’on songe à instaurer de nouvelles règles, proposa Damien, c’est si frustrant…

Damien, un petit brun aux yeux clair, était l’aîné du groupe, le plus joueur de nous tous, mais surtout le plus curieux. Sa vie se résumait à rire et faire rire son entourage ; il était bien rare de ne pas le voir avec un sourire plaqué aux lèvres.

 

Lorsque la cloche retentit, nous nous séparâmes en deux groupes : les trois filles d’un côté, les deux garçons de l’autre. Non pas que notre lycée séparait encore les deux sexes, mais les garçons étaient en terminale S et leur salle de travaux pratiques n’était pas dans le même bâtiment que nos salles de cours, un peu plus classiques : 34 chaises, 34 tables et un bureau. Nous n’avions besoin de rien de plus pour écouter un professeur de philosophie parler pendant trois heures.

Affalée sur ma chaise, je regardais, admirative, Priscilla à l’autre bout de la classe, prendre des notes. Durant les heures de M.Gingé, elle ne voulait pas que je la dérange, arguant que la philosophie était notre plus gros coefficient au baccalauréat. Je respectais son choix, d’autant plus qu’elle me scannait ses notes, ce qui m’épargnait de démêler les phrases sans queue ni tête, que le prof nous balançait au visage.

Je profitais donc des heures de philosophie pour discuter avec Déborah, quand elle daignait répondre à mes tentatives pour engager la conversation. Elle avait intégré notre lycée à la rentrée, après avoir été victime de persécution dans son précédent établissement. Et ça, je ne l’avais pas appris suite à une discussion, mais « grâce » à notre jeu matinal. Dès les premiers jours, Déborah s’était prise d’affection pour moi, et m’avait suivie de loin. Lorsqu’à bout de nerfs, j’avais fini par la questionner sur ces agissements, elle m’avait simplement répondue « tu me rappelles mon ancienne meilleure amie », et j’avais perçu une immense tristesse au fond de ses yeux amandes. A partir de ce jour-là, elle nous a rejoins.

- Hé, tu penses sincèrement que le « don de soi aux autorités supérieures » est un sujet potentiel pour le baccalauréat ? C’est débile, m’exaspérai-je.

- Fais-nous part de ton opinion à haute-voix, Mélodie, lança une voix glaciale. Je suis certain que toute la classe serait intéressée.  

Je sursautai, mais n’eu pas besoin de me retourner pour comprendre que M.Gingé était juste derrière moi et n’avait loupé aucun de mes mots. Habituellement, je lui aurais répliqué sèchement, que ce que je disais à ma voisine n’avait rien à voir avec son cours ennuyant, mais pas plus tard qu’il y a une heure, en pénétrant dans le lycée, je m’étais faite la promesse de passer une journée paisible, et de trouver le courage de prendre ces fameux rendez-vous. Je me contentai donc de rougir légèrement, de lui adresser un sourire forcé et de baisser les yeux afin qu’il comprenne que je ne répondrai pas à sa provocation. Pas aujourd’hui.

A la fin du cours, je m’approchai de son bureau, et attendis qu’il commence. Il ne bougea pas. Quand j’eu compris qu’il ne reparlerait pas de l’incident du cours, je le me lançai.

- Monsieur, nous avons bien reçu votre lettre, désolée, la rencontre parents-professeurs m’était complètement sortie de la tête. Tenez.

Je lui tendis ma feuille de rendez-vous : un tableau dans lequel les professeurs pouvaient inscrire leur nom en face d’une heure.

- Merci, dit-il en la prenant. J’espère que tu vas pouvoir t’entretenir avec un maximum d’enseignants car j’en ai entendu pas mal, au détour des couloirs, se plaindre de ton cas…

- Ah ?! fis-je l’air surpris.

- Ne fais pas l’innocente Mélodie, tu sais très bien que le renvoi te pend au nez si tu ne te ressaisis pas. Tes résultats et ton attitude ont intérêt à changer avant la fin du semestre.

- Merci monsieur, je prendrais bonne note de vos conseils.

Je récupérai ma feuille et quittai la salle; il avait mis son nom en face de la case 18:45 – 19:00.

Ses sarcasmes avaient gâché ma journée, mais je réussis néanmoins à garder mon calme jusqu’à 16h et à obtenir deux autres rendez-vous : un premier avec le professeur d’anglais, et un second avec celui de lettres.

En sortant du lycée, j’attrapai Priscilla par le bras, et la supplia :

- Allons faire un tour au « Texas' Street », j’ai besoin de le voir.

Posté par Sephirotha18 à 23:19 - Commentaires [0] - Permalien [#]

25 avril 2013

Chapitre 4

 

Lorsque je ne m’affairais pas derrière le bar, j’étais assise à ma table favorite, la 7. Elle n’avait pas été désignée au hasard, mais selon mon chiffre porte-bonheur -ouais, toutes les filles ont ça !-, qui était simplement le jour de ma naissance : le 7 Novembre. Tournée de trois-quarts vers le comptoir, je pouvais observer l’ensemble de la salle, décorée à l’effigie des ZZ Top, célèbre groupe de rock, originaire de Houston. Mais j’avais surtout une vue imprenable sur Cyprien, le barman et personnage principal de tous mes rêves érotiques.

Sa carrure imposante s’associait à merveille avec les cheveux noirs qui lui encadraint le visage et avec son regard ténébreux. Aux premiers abords, il pouvait paraître intimidant et sauvage, et croyez-moi, dans mes rêves c’était un animal enragé, mais en réalité il avait un grand coeur.
Lorsqu’il servait des jeunes filles, il se plaisait à faire rouler ses muscles sous son traditionnel marcel blanc, et à exhiber ses bras parfaitement proportionnés. De surcroit, son père était procureur, bref en plus d’un physique de rêve il avait une famille respectable. Rien de comparable avec mes parents, tous les deux assistants médicaux.

- Arrête de le dévorer du regard comme ça, me taquina Priscilla, désespérée de me voir enamourée d’un playboy, ou sinon tu vas finir par lui trouer le visage, ça serait dommage, non ?

- Je ne le dévore pas du regard, me défendis-je, je surveille simplement qu’il ne met pas trop de rhum dans mon cocktail.

Pour suivre la tendance actuelle, je commandais comme tout le monde un Mojito, bien que n’appréciais pas excessivement le rhum. C’était bien évidemment la boisson la plus chère de la carte (excepté le Champagne), mais travailler ici deux soirs par semaine, présentait certains privilèges.

Nos rafraichissements arrivèrent à peine trois minutes après que nous ayons franchi les portes du bar. J’avais fait un signe de la main à Cyprien, qui m’avait répondu par un clin d’œil.

Je confiai à Priscilla mes craintes vis-à-vis de la rencontre parents-professeurs, et lui parlai aussi de ma dernière résolution : me rebeller contre Chalamangé si jamais il continuait à ridiculiser devant la classe. Une heure plus tard, mon amie décréta que je m’étais suffisamment rincer l’œil et nous prîmes nos affaires pour partir. Je pivotai une dernière fois dans la direction de Cyprien, et le découvris en compagnie de deux filles. Avec une pointe de regret, j’enfilai mon blouson et me dirigeai vers la sortie.

- A demain Mélo, lança une voix chaleureuse dans mon dos. Je savais à son intonation, que Cyprien avait accompagné sa phrase d’un large sourire. Je me retournai et le lui rendit. Il était éblouissant. Je senti mon pouls s’accélérer et mes joues tiédirent, alors que je poussais la porte.

 

Le lendemain j’arrivai au lycée de fort mauvaise humeur : Harmonie m’avait ennuyée tout le petit-déjeuner avec ses histoires insignifiantes de collégienne. Pour couronner le tout, Jimmy devina la couleur du tailleur de Mme Deboulit (vert, quel chanceux !), et posa une question ridicule à Damien à propos de ses plaisirs solitaires. Les mecs ont vraiment un problème avec « ça »… 

C’est en mode boule de nerf que je m’assis à côté de Priscilla, dans la salle de Chalamangé. Il se battait avec le rétroprojecteur, ce qui signifiait que nous allions encore passer une demi-heure à faire les artistes sur un fond de carte d’une grande puissance mondiale.

- Ah non j’ai dérapé, se désola Priscilla, regarde ça…

Elle posa son croquis du Japon sur le miens, pour me montrer l’ampleur du « désastre ».

- Oh non, tu as débordé…, lui dis-je ironiquement.

 Mon crayon rouge en main, je traçai furtivement un trait rouge en plein milieu de son océan Pacifique. Elle tira sur sa feuille de la main gauche et donna un coup de crayon de la main droite, pile au centre de ma carte. Nous commençâmes à nous chamailler et à glousser telles des dindes que l’on envoie à l’abattoir. À peine une minute plus tard, nos cartes ressemblaient à s’y méprendre, aux dessins que l’on fait en maternelle, et Chalamangé nous fixait, appuyé contre son bureau, les bras croisés sur la poitrine.

- Dites-moi, mes demoiselles…

Nous nous immobilisâmes, les bras de l’une entremêlés à ceux de l’autre. Je me tournai vers Priscilla et soupirai. Elle comprit immédiatement que cette fois, je ne laisserai pas s’en tirer si facilement. Je lâchai mon crayon, ramenai les bras devant moi, et serra les poings sur la table. J’étais prête à en découdre une bonne fois pour toutes…

Posté par Sephirotha18 à 22:07 - Commentaires [0] - Permalien [#]


26 avril 2013

Chapitre 5

 

Je me levai d’un coup sec, et ma chaise recula, accompagnée d’un raclement strident.

- Chalam… commençai-je, avant de me reprendre. Monsieur Challon !

Je tordis légèrement le cou, et interrogeai Priscilla d’un froncement de sourcils. De son regard souriant, et d’un hochement de tête elle m’encouragea à respecter ma résolution.

- Comme tout le monde ici présent, nous avons un prénom. Elle, c’est Priscilla, dis-je en la désignant du doigt, et moi c’est Mélodie, et pas seulement Mlle Villard. De plus, nous ne sommes pas « mes demoiselles », nous sommes les demoiselles de personne, et surement pas les vôtres.

J’entendis des ricanements autour de moi, mais ne détournai pas les yeux de Chalamangé qui était resté impassible, les bras croisés sur son torse. Derrière ses lunettes rectangulaires, je pouvais presque lire de l’ennui.

- Vous devriez peut-être écrire votre prénom sur votre joue gauche, me proposa t-il, je saurais ainsi comment m’adresser à vous. Pour toutes les fois où vous êtes tournée vers votre voisine de droite…

- Il serait sans doute plus judicieux que je fasse une étiquette à poser sur le coin de ma table, pour toutes les fois où je pique du nez en essayant de suivre votre cours à dormir debout.

Ce combat enfantin et ridicule semblait beaucoup l’amuser.

- Mais dites-moi Mlle Villard, vous parlez donc aussi en dormant ?

- Si vous saviez… je parle aussi en faisant des tas d’autres choses…

Même si ma réponse l’avait troublé, il n’en laissa rien paraitre.

- Je serais bien tenté de vous proposer de m’écrire deux pages à ce sujet là, me menaça t-il.

- Et moi je serais bien tenté de vous faire une démonstration grandeur nature, proposai-je sur le ton le plus coquin que je pu improviser.

- Cinq, tonna t-il.

Sa bouche était crispée, ses narines tremblaient et les veines de son cou s’agitaient sous sa peau tendue.

- Cinq !! répéta t-il, avant que j’eue le temps de protester.

- Cinq pages ? m’étranglai-je.

- Non, dix !

- Quoi ?! hurlai-je, indignée. C’est pas possible, vous ne pouvez pas me faire écrire 10 pages. C’est beaucoup trop d...

- Pas dix pages, Mlle Villard. Pas dix pages.

- Dix quoi, alors ? m’impatientai-je, même si j’avais peur d’entendre sa réponse.

- Dix heures de colle ! Et en attendant, vous allez changer de place, Mé-lo-die.

Mon sang parcourrait mon corps plus vite que la lumière n’allait du soleil à la Terre. Mon cœur battait deux fois plus rapidement que d’ordinaire, et je sentais mes tempes tambouriner contre mon cerveau. Il avait eu le dernier mot ; je ne pouvais plus protester. Je savais que si j’émettais le moindre soin, le compteur passerait de dix à vingt.

Je repris partiellement mes esprits, quelques secondes plus tard, lorsqu’il interpella Franck.

- M. Trein !! Vous prenez la place de Mlle Villard jusqu’à nouvel ordre.

Le concerné n’osa pas contester, il prit ses affaires et se dirigea vers ma table. Arrivé à ma hauteur, il me mit un coup de coude dans les côtes pour me faire réagir.

- Désolée, lui soufflai-je tout bas.

Encore sous le choc, je m’installai à ma nouvelle place : la première table, face au bureau de Chalamangé. L’heure qui suivit fut une vraie torture. J’encaissai difficilement le coup ; il fallait absolument que je trouve une solution pour le faire changer d’avis.

- Monsieur, le suppliai-je à la fin du cours, vous ne pouvez pas me faire cela.

- Et pourquoi donc ? demanda t-il pendant qu’il rassemblait des papiers.

- Vous comme moi, savez très bien que je serai virée dès que la convocation arrivera à l’administration…

- Est-ce réellement mon problème, Mlle Villard ?

- Je sais que vous ne voudriez pas avoir l’échec d’une lycéenne sur la conscience, essayai-je.

- Avec ou sans ses heures de colles, votre échec est inévitable. Ouvrez-les yeux, regardez autour de vous, vous êtes déjà au fond du gouffre.

- Monsieur, s’il vous plait… Je suis désolée de vous avoir parlé ainsi, je regrette… On pourrait peut-être… trouver un arrangement, non ?

Ma proposition et ma naïveté firent naître une esquisse de sourire sur ses lèvres. Puis, tout signe d’amusement quitta son visage ; il attendait visiblement que je propose un « arrangement ». Nous restâmes quelques secondes à nous fixer, espérant tous deux que l’autre céderait en premier. Je sentais trembler mes doigts au fond de mes poches et ma tête commençait à tourner. Finalement, il détourna les yeux et rompit le silence.

- Je vais y réfléchir, passez me voir dans cette salle à midi, après vos cours.

Je pus enfin reprendre mon souffle.  Sans m’en apercevoir, je l’avais retenu tout au long de notre altercation oculaire.

- D’accord, à tout à l’heure.

Posté par Sephirotha18 à 15:21 - Commentaires [0] - Permalien [#]

29 avril 2013

Chapitre 6

 

Je fulminais en dévalant les marches, Priscilla et Déborah sur les talons. Une fois dans la cours, mêlée aux autres élèves, je marchai d’un pas plus tranquille en direction du marronnier. Je ne pouvais pas perdre la face devant le reste du lycée, juste à cause de ce demeuré. Ils ne devaient pas savoir que cette sanction pouvait avoir un impact ma vie. J’allais être mise à la porte de l’établissement, et finirais caissière au Prix Unique, c’était parié d’avance.

Priscilla me prit par le coude ; elle avait certainement remarqué que mes jambes se dérobaient sous mon poids. Sans crier gare, elle changea brutalement de direction et se mit à courir, m’attirant dans sa folie. Elle me tirait désormais par le poignet et je pestais dans son sillage, en marmonnant des protestations vaines. L’instant d’après,  je me trouvais face à un miroir dans les toilettes des filles, accrochée au lavabo. Le reflet que je découvris me laissa perplexe.

Mes cheveux courts, châtains clairs, étaient en désordre. Habituellement, une grande mèche blonde, naissant à l’extrémité supérieure gauche de mon front, tombait souplement jusqu’à l’oreille opposée. Lorsque je penchais la tête pour écrire,  elle  chatouillait la commissure de mes lèvres et cachait une grande partie de mon œil droit. Je la repoussais régulièrement afin que nulle ne puisse ignorer mes yeux vert émeraude. Ce matin, le maquillage qui les mettait si bien en valeur, coulait sur mes minces pommettes.

- Ouais, me dit Priscilla, tu as du avoir les larmes aux yeux sans t’en apercevoir, c’est pour cela que j’ai préféré t’amener ici. Et puis, on est tranquille là. Tu crois que ce sont des larmes de colère ou de déception ?

- ‘sais rien, réussis-je à articuler. Merci.

Je m’essuyais les yeux avec le mouchoir que Priscilla m’avait tendu, lorsqu’un groupe de trois filles entra, dans un écho de rires. Je pivotai imperceptiblement, mais suffisamment pour dissimuler mon visage et son reflet. Après m’être mouchée, en simulant un rhume, -Dieu merci, j’avais décidé de passer mes nerfs sur Chalamangé, en hiver- je quittai les toilettes, en prenant garde de leur tourner le dos.

Une fois dehors, Priscilla posa la paume de sa main sur sa hanche, et m’adressa son plus beau sourire. Je le lui rendis et glissai mon bras au creux de son coude, pour marcher à ses côtés, la tête haute. Arrivées à leur niveau, nos trois amis n’interrompirent pas leur conversation afin de me fusiller de questions auxquelles je n’avais pas envie de répondre. Je remerciai intérieurement Déborah d’avoir glissé aux garçons, quelques mots de ma situation, plus que désastreuse. Je savais qu’aucun d’eux n’avait jamais reçu d’heures de colle, et que leurs conseils se résumeraient à me proposer de passer sous le bureau pour « négocier ». Cette idée flotta néanmoins quelques secondes à la frontière de mon esprit ; je la chassai sitôt que je senti le sang monté à mes tempes.

C’est de meilleure humeur que je regagnai les salles de classe. Pendant les deux heures de cours de lettres, Priscilla et moi dressâmes une liste de tous les arguments que je pouvais présenter ainsi que quelques arrangements honnêtes et envisageables. J’entrepris de tout mémoriser et glissa la liste dans la poche arrière de mon jean, au cas où. Je n’eu cependant besoin ni de ma mémoire ni du pense-bête.

Lorsque la cloche retenti, mon plaidoyer tournait en boucle dans mon esprit. Je me hâtai vers la salle 203, et le trouva seul, derrière son bureau. Je toquai un coup sec contre la porte ouverte, et en l’absence de réponse, entrai. Je ne m’étais pas encore assise face à lui, qu’il déclara sans lever les yeux :

- J’ai eu une idée qui devrait faire l’unanimité, Mlle Villard.

- Ah ? Hein, heu… non, parce qu’autrement j’avais pensé que …

- Laissez-moi commencer, me coupa t-il, et si cela ne vous conviens pas, nous en débâterons ensuite.

Il avait relevé la tête et me regardait à présent, droit dans les yeux. Était-ce par respect ou pour essayer de m’intimider ?

- Très bien, allez-y, lui concédai-je en haussant les épaules.

- Ok, je vous explique. Installez-vous confortablement Mlle Villard, il est possible que ce soit long.

Je lui obéis et me contorsionnai sur la chaise pour m’extraire de mon blouson.

- Donc, reprit-il, si j’ai bien compris, tout à l’heure vous me proposiez de « trouver un arrangement », afin de vous éviter l’exclusion ?

Je hochai la tête.

- Je ne sais pas si vous êtes au courant, Mlle Villard, mais ce n’est pas dans mes habitudes de marchander avec mes élèves. De ce fait, j’aurais plusieurs choses à vous demander en retour de l’atténuation de la sanction. Alors, voilà comment on va procéder : pendant deux semaines, vous resterez tous les soirs, une heure supplémentaire, ce qui nous amènera à vos dix heures.

- Tous les soirs ? Pendant deux semaines ? Une heure ?

- Cela vous pose t-il un problème ?

- C’est-à dire que je ne …

- Vous resterez une heure, avec moi. Vous m’aiderez dans mon travail, et cela vous permettra par la même occasion, de réviser pour le bac.

- Mais heu… Vous aidez à faire quoi ?

- Depuis que je suis étudiant à la faculté, je n’ai jamais pris le temps de reproduire mes cartes sur des logiciels adaptés. Vous avez peut-être remarqué ce matin toutes les peines que j’ai eues à faire fonctionner le rétroprojecteur. De plus, je trouve que mes cartes et croquis, dessinés sur transparent, sont difficilement lisibles. Sauf que cela prend énormément de temps à tout mettre sur informatique; rien que pour le Mexique j’en ai eu pour quatre heures, alors imaginez la Chine ou les Etats-Unis !

- Ouais, pas cool, lançai-je l’air désintéressé.

- Du coup, votre mission serait de le faire à ma place. Bien-sûr, je vous prêterai mon ordinateur portable, et vous expliquerai rapidement comment fonctionne le logiciel.

- D’accord, mais quelles sont vos autres « conditions » ?

- Vous resterez jusqu’à la fin de l’année à la place de M.Trein, je pense que cela sera bénéfique pour tout le monde : vous, Mlle Fild, l’ensemble de la classe, et surtout, moi.

- Très bien, quoi d’autre ? demandai-je agacée.

- Je voudrais m’assurer que tout ceci restera bien entre nous. Si par malheur j’apprends que notre « arrangement » est arrivé aux oreilles de vos camarades, ou pire de mes collègues, croyez-moi, votre aventure au lycée Charles de Gaulle pendra très très…trés vite fin.

Je me doutais qu’il mettrait sans hésiter ses menaces à exécution. Je savais néanmoins que je ne pourrais pas cacher bien longtemps la vérité à Priscilla. Je répondis cependant :

- Oui, oui bien entendu monsieur. Vous avez ma parole. Par contre j’aimerais changer une de vos règles.

- Laquelle ? m’encouragea t-il.

- Serait-il possible d’inverser le nombre de jours avec le nombre de semaines ? C’est-à-dire : deux soirs par semaine, pendant cinq semaines.

- Et je suppose que je ne peux pas vous demander : pourquoi ?

- Effectivement, répondis-je amusée. Les mardi et jeudi de 18h à 19h, cela vous conviendrait-il ?

Il réfléchit, posa ses lunettes sur le bureau, puis hocha la tête.

- Dans ce cas, il me reste plus qu’à vous souhaiter bon appétit, Mlle Villard.

- Merci monsieur, vous de même. Au revoir.

Je saisi mon blouson, et sortis en hâte, de peur qu’il ne change d’avis.

- Mlle Villard, m’interpella t-il, une dernière chose…

Posté par Sephirotha18 à 12:14 - Commentaires [0] - Permalien [#]

02 mai 2013

Chapitre 7

 

Je me retournai vers lui, les poings serrés ; mes ongles s’enfoncèrent dans la chair de mes paumes. J’étais furieuse qu’il ajoute une nouvelle condition, uniquement pour me rappeler qui de nous deux avait le pouvoir.

- J’aimerais bien ne plus entendre les professeurs calomnier à votre sujet… Et en toute honnêteté, je compte bien profiter de ces dix heures pour vous inculquer le respect et les bonnes manières.

- Mais avec plaisir, répondis-je poliment. Et pour te remercier de ta bonne volonté je t’offrirai un cadeau à Noël mon vieux, ajoutais-je pour moi.

- Vous pouvez disposer. A demain soir, Mlle Villard.

Je repris mon chemin vers la porte ; le poids qui pesait depuis 9h sur mon estomac semblait s’être dissipé. Nous avions enfin trouvé une solution, et l’odeur des frites s’échappant de la cantine commençait à sérieusement me titiller les narines. Alors que je me croyais tirée d’affaires pour la journée, il ajouta :

- Ah, encore une dernière chose, Mlle Villard… désolé. Je m’aperçois que le mardi de cette semaine est déjà passé…

Décidemment, il est perspicace !

- … par conséquent, continua t-il, nous pourrions reporter cette date à vendredi. Cela nous laisserait deux soirs consécutifs pour vous former sur le logiciel. Qu’en dites-vous ?

- Ça me va, répondis-je au dessus de mon épaule, une fois dans le couloir. 

 

Le soir même, je poussais la porte du Texas’ Street, le regard dans le vide : comment avais-je pu mentir à Priscilla ? A peine avais-je tournée au bout du couloir, qu’un groupe de quatre personnes m’avait fondue dessus en m’assaillant de questions. J’avais jeté un coup d’œil à la dérobée derrière moi, et leur avait assuré que tout était arrangé. Dans la file d’attente de la cantine, je leur avais expliqués avoir miraculeusement réussi à transformer mes heures de colle contre un rapport de cinq pages sur la mondialisation. J’avais lu dans les yeux de ma meilleure amie de la suspicion. Elle voulait me prendre à part pour m’interroger, c’était indéniable. Quelques minutes plus tard, elle avait réussi son coup. En feignant devoir aller aux toilettes, elle m’avait suivi jusqu’à la fontaine où je remplissais la cruche.

- Mélo, tu croyais vraiment que j’allais avaler tes salades ? Je suis un peu déçue que tu m’aies sous-estimé à ce point !

Sans me laisser le temps de me défendre, elle enchaina :

- Allez, allez raconte ! Qu’est-ce que Chalamangé t’as dit ?

Je  serrai si fort l’anse de la cruche, que mes articulations blanchirent. Que valait une promesse faite à un professeur, face à la confiance de Priscilla ? Mais comment lui avouer que je n’avais pas osé exposer une seule de nos idées et avais accepté son marché si facilement ? Je m’étais de nombreuses fois, effondrée en larmes sur son épaule, mais je voulais pour cette fois, paraître solide et sûre de moi. Ainsi, je tordis les lèvres, signifiant que son accusation ne m’avait pas plu.

- Non, mais j’étais sérieuse Pris, j’ai réussi à négocier avec lui. Franchement tu l’aurais vu, je ne l’ai pas laissé en placer une, c’était magique !

- Vraiment ? insista t-elle, peu convaincue.

- Ouais, ouais, vraiment, répondis-je le sourire aux lèvres. Par contre je n’ai pas pu sauver ma place. Je suis condamnée à rester devant son bureau jusqu’à la fin de l’année. Ça craint.

- Tu m’étonnes ! Mais, il faut voir le bon côté des choses, tu n’auras plus la grosse tête de Fabrice devant toi, t’empêchant de voir le tableau.

Je ris à sa plaisanterie et pris la cruche à deux mains, pour qu’elle comprenne que je comptais retourner à table. Je lui fis un clin d’œil avant qu’elle se s’éloigne vers les toilettes. Elle avait sans doute interpréter cela comme un geste amical et coquin, mais au fond de moi je savais qu’il signifiait « ne me crois pas, je te mens ».

Pourquoi avais-je essayé de me déculpabiliser ? Mais surtout, comment avais-je pu imaginer un instant que cela suffirait ? C’était trop tard, le mal était fait.

 

À 18h, le bar était vide. Il se situait dans les ruelles méconnues du centre de Lyon, à deux pas d’un quartier huppé. Cependant, la clientèle qui envahissait le Texas à partir de 22h -heure à laquelle je rentrais chez moi- était loin d’être chic. En début de soirée le bar était fréquenté par des lycéens ou des étudiants du coin. Personne ne me connaissait, je ne connaissais personne, et je m’en réjouissais.

Je fonçai directement dans la cuisine où Gérino, le cuisinier, plaisantait avec Cyprien. Leur bonne humeur étant contagieuse, je me joignis à eux et laissai mes tourments de côté. Dix petites minutes plus tard, nous entendîmes des chaises bouger dans la salle. Cyprien me fit signe d’aller prendre la commande des premiers clients de la soirée : un groupe de trois trentenaires, surement pas étudiants. Les deux hommes me proposèrent en ricanant de se joindre à eux, ce qui valut des coups à l’un deux, de la part de la femme qui les accompagnait. Sans répondre à leur provocation, je mémorisai leur choix et tandis que je préparais leurs cocktails, Cyprien m’interrompit :

- Hé! Ça n’a pas l’air d’aller bien fort, poupée ?

Mon sang ne fit qu’un tour dans mes peines et mon cœur battit la chamade.  Je raffolais de l’entendre m’appeler comme ça. Poupée.

- Hein ? feignis-je de ne pas avoir entendu.

- Je disais : ça n’a pas l’air d’aller bien fort, toi !

C’était un vrai playboy. Cyprien savait que ce genre de surnom n’apportait son effet que s’il était utilisé avec parcimonie.

- Ouais, sale journée, répondis-je simplement.

- Raconte, m’encouragea t-il par un coup de coude et un grand sourire.

Je renversai une partie de mon verre, et ne pus dire si c’était le coup dans mon bras, ou bien son sourire qui en était responsable. Il me déstabilisait, il le savait, et s’en amusait.

- Oh rien, c’est juste que… je me sens un peu honteuse. Tout à l’heure j’ai menti à Pris.

- Toi ? Oh mer…

Il se reprit aussitôt. Il ne jurait jamais devant les filles, cela devait faire partie de ses plans de séduction.

- J’en reviens pas, raconte. Pourquoi tu lui as mentie ?

- Je ne sais pas, je crois que j’ai pris peur, bafouillai-je.

- Peur… pourquoi ? s’étonna t-il. Tu as fait quoi de si terrible ? Tu lui as volé son rouge-à-lèvre ? Ah non je sais, tu lui as piqué son petit-ami ?

- Mais non, rien à voir. Et puis, si je lui ai menti à elle, ce n’est pas pour te dire la vérité à toi. Oublie ça.

Je posai les verres remplis sur un plateau, et coupai des tranches de citron. Cyprien revint à la charge.

- Bon allez, ma belle. Crache le morceau, qu’est-ce qu’il t’arrive ?

Je sentais mes défenses céder, et pas seulement à cause du regard de braises qu’il posait sur moi. J’avais besoin de partager mon « secret » avec quelqu’un d’extérieur au lycée.

- J’me suis faite coller ce matin, lâchai-je après une demi-douzaine de secondes.

-  Aïe, aïe, aïe…

- Comme tu dis. Il m’a collée dix heures, c’est n’importe quoi franchement ! Heureusement, on s’est arrangé ensemble et ce ne seront pas des heures «officielles». J’évite le renvoi, mais je vais quand-même devoir supporter ce type et ces remontrances pendant dix heures, et connaissant nos caractères, ça risque de mal finir…

Plongée dans mes pensées, je soupirais à chaque mouvement, quand soudain je senti la chaleur d’une main se refermer sur mon épaule. Cyprien approcha son visage du miens et murmura à mon oreille :

- Ça va aller, poupée. Tu commences quand ?

- Demain soir … 

Posté par Sephirotha18 à 16:21 - Commentaires [0] - Permalien [#]

03 mai 2013

Chapitre 8

 

Aux alentours de 22h30, j’étais de retour chez moi. Comme tous les mercredis soir, mes parents étaient installés sur le canapé, devant une série policière. Sans leur prêter attention, je montai les escaliers, en direction de mon nid douillet.

- Ma chérie, c’est toi ? m’interpella ma mère du salon.

- Oui, je vais me coucher, bonne nuit.

- Tu peux venir voir, deux petites secondes, s’il te plait.

Je lâchai mon sac de cours dans les marches, et redescendis l’escalier d’un pas lourd. Je m’effondrai dans le fauteuil, de l’autre côté d’une petite table en hêtre, tandis que le générique de la série défilait sur l’écran. Ma mère me fixait en silence, les sourcils froncés et les narines en alerte. Même lorsqu’une expression de contrariété s’affichait sur son visage, elle rayonnait. Pour le plus grand bonheur de mon père, maman n’avait rien perdu de sa jeunesse. Je me demandais même parfois si mes rides n’apparaitraient pas avant les siennes.

Elle rassembla au creux de sa main, ses boucles blondes qui tombaient en cascade sur ses épaules, et me demanda :

- Tes amis du club de lecture continuent de fumer à l’intérieur ? Tu sens le tabac.

Cela faisait un an et demi que je travaillais au Texas’ Street, deux soirs par semaine, et mes parents ne se doutaient de rien. Persuadés que j’allais aux séances hebdomadaires du club littéraire, auquel ils m’avaient inscrite à mon entrée au lycée, ils me laissaient rentrer tard. J’y passais encore de temps à autres après le lycée, pour revoir d’anciens amis, et faire de nouvelles rencontres. Mais depuis quelques temps déjà, la lecture était le cadet de mes soucis. Mes parents continuaient naïvement à me donner chaque mois un budget pour acheter des livres. Ces derniers se transformaient généralement en alcool ou maquillage.

- Il fait plutôt froid le soir en ce moment, répondis-je, donc ils fument dans le hall. Et vu que je les accompagne pour discuter, mes vêtements prennent l’odeur. Mais ne t’inquiète pas, je vais de suite les mettre dans la machine à laver.

- Bonne idée, je la mettrai en route demain matin. Ça donne quoi tes rendez-vous, tu as pu en prendre ?

- Oui, oui, je les ai presque tous.

Sa question fit naître une angoisse soudaine, à laquelle je n’avais pas songée : la rencontre de Chalamangé avec mes parents -mais encore faillait-il que j’ai le courage de lui demander un rendez-vous. Allait-il mentionner mes dix heures de colles, et leur substitut ? À l’identique de l’année précédente, mes parents se préparaient sans doute à recevoir des remarques désobligeantes à mon propos, mais une telle sanction, flirtant avec mon renvoi… surement pas.

En me glissant sous la couette, je tentais de rassembler mes idées pour faire le point sur la journée et élaborer une stratégie d’attaque indispensable au lendemain soir. Envie, ou pas envie, je devais me mettre Chalamangé dans la poche !

Le lendemain matin, j’aggravais encore ma situation. Damien eut un éclair de génie en proposant rose pour le deux-pièces de Mme Deboulit, mais resta siliceux lorsqu’il eut l’opportunité d’interroger indiscrètement l’un de nous. Priscilla intervint ; elle lui souffla une idée, tout en me pointant du doigt. Je la fusillai et questionnai du regard : « qu’est devenu notre pacte stipulant qu’on s’épargnait mutuellement ? ». Je détournai cependant les yeux avant d’avoir reçu sa réponse muette. Plus aucun pacte, plus aucune alliance, plus aucun contrat ne pouvait faire foi : j’avais brisé sa confiance.

- Que s’est-il passé hier midi dans le bureau de M.Challon ? demanda Damien.

- Non ! répondis-je sèchement.

- Comment ça, non ? s’indigna Priscilla. Tu esquives la question. Tu sais bien qu’on n’a pas le droit de se débiner.

- Et toi, dis-je en m’adressant à Damien, tu sais bien qu’on n’a pas le droit de poser des questions dont la réponse n’est pas « oui », ou « non ».

- D’accord, d’accord, capitula t-il. Dans ce cas je reformule ma question, attends.

Il se tourna vers Priscilla. Le sourire complice qu’ils échangèrent me laissa perplexe. Que se passait-il entre ces deux là ? Je m’efforçai de patienter calmement pour ne rien laisser paraître. Mon cœur tambourinait contre ma poitrine et je sentais la moiteur aux creux de mes paumes. Je savais déjà que, quelque soit la tournure de sa question, la réponse que je m’apprêtais à lui donner, ne plairait pas. À moi.

- As-tu, de manière honnête, réussi à échanger les heures de colle contre un rapport sur la mondialisation ? fini t-il par demander.

- Oui, dis-je sans hésiter.

- Ohhh, se lamenta Jimmy, ce n’est pas drôle.

Je vis dans le regard de Priscilla, qu’elle ne partageait pas sa déception. Je compris qu’elle avait continué à douter de ma franchise, jusqu’à maintenant. Et pour cause… Comme si elle avait lu dans mes pensées, elle s’agrippa à mon bras et lança joyeusement :

- Je suis bien contente que tu aies pu t’en sortir si facilement. N’empêche que ça paraissait trop beau pour être vrai, j’avais du mal à y croire franchement!

Pour toute réponse, je rigolai et fis mine et m’exaspérer. Si jamais mes dix heures se passaient sans encombre, il serait toujours temps de lui avouer la vérité plus tard.

À 18h, lorsque la cloche indiqua la fin des cours, je prétextai devoir prendre un rendez-vous pour la réunion, avec Chalamangé. J’insistai en ajoutant que mes parents tenaient à ce que mon planning soit bouclé avant le week-end. Priscilla ne me posa pas de question, et déposa un bisou claquant sur chacune de mes joues.

- A demain Mélo. Bon courage pour Chalam’ !

Si elle savait à quel point j’avais besoin de ses encouragements. C’est les jambes tremblantes que je m’arrêtai devant la porte 203, fermée. Où était-il passé ? Pourquoi avoir proposé cet arrangement, s’il n’avait pas cours juste avant ? Je m’apprêtai à m’asseoir pour l’attendre, quand je songeai qu’il était peut-être déjà à l’intérieur. Je me mis sur la pointe des pieds et agrippa le rebord de la vitre, qui donnait directement dans la salle. Je me poussai sur le sol d’un coup sec, contracta mes abdominaux et tira sur mes épaules, pour tracter mon visage jusqu'à l’encadrement de la fenêtre. Mes yeux le trouvèrent immédiatement, et je faillis lâcher prise. Il était en train de déboutonner sa chemise.

L’occasion était trop belle, je ne pouvais la laisser filer. J’atterris souplement sur mes pieds, et fis irruption dans la salle. Surpris, il se figea face à moi, la chemise pendant dans sa main gauche. Les muscles de son torse et de ses avant-bras dessinaient de délicieuses courbes et se rejoignaient au niveau de ses larges épaules. Quelques poils épars traçaient une ligne directe allant du centre de sa poitrine jusqu’à la boucle de sa ceinture, en passant par le nombril. Après des secondes qui parurent des années, je réussi à détourner mon regard de son corps, plus robuste qu’il n’y paraissait. Mes yeux croisèrent les siens, et mon pouls s’accéléra -je ne pensais pas que c’était encore possible-. Ses joues rosirent, et sans me laisser le temps de prendre plaisir à sa gêne, il s’emporta :

- Mlle Villard ! Veuillez frapper à l’avenir.

- Bonsoir M. Challon, répondis-je bêtement, je me ferai une joie de vous aider.

- M'aider ? s'égosilla t-il en attrapant un t-sirt. Tu plaisantes, j'espère ?

Posté par Sephirotha18 à 16:32 - Commentaires [0] - Permalien [#]

15 mai 2013

Chapitre 9

 

Ça y est, j’avais réussi. Il avait perdu son sang froid, et m’avait tutoyée. Ou bien avait-il jugé qu’après s’être montré torse-nu, les barrières professeur-élève n’étaient plus de rigueur. Je ne su que répondre, et il en profita pour se rattraper :

- J’avais prévu de vous apprendre le respect, mais je ne pensais pas devoir aussi vous apprendre la politesse élémentaire, Mlle Villard.

- Pardon, comme la porte était fermée, j’ai supposé que n’étiez pas encore arrivé, et comptais donc vous attendre à l’intérieur.

- Vous supposiez mal…

- Ce n’était pas évident que vous seriez là, et en train de vous… changer.

Il ne répondit pas, enfila un pull, en retroussa les manches jusqu’aux coudes et saisit une sacoche, dans laquelle devait très certainement se trouver son ordinateur portable. Puis, il se tourna vers moi :

- Après une journée de cours, et pour faire ce genre de travail, je préfère être à l’aise.  

- J’aimerai bien me mettre à l’aise moi aussi, ajoutai-je immédiatement.

Il fut si surpris, qu’il en lâcha la souris qu’il venait d’extraire d’une pochette, et me fixa, bouche bée.

- Enfin, je voulais dire… j’aimerais bien que vous me mettiez à l’aise.

Je cru un instant que sa tête allait se décrocher violemment de son cou, et compris qu’il y avait un malentendu. Avait-il réellement imaginé que je lui proposais de… moi… avec… avec lui ? Sérieusement ?! Avant d’aggraver la situation, je précisai :

- Enfin… vous comprenez, ça me gène que vous m’appeliez « Mlle Villard » sans arrêt. Je souhaiterais que vous utilisiez mon prénom, si c’est possible…

A priori, ma requête ne suffit pas à l’apaiser, et il tenta de dissimuler son embarras en s’accroupissant le long du bureau pour ramasser la souris.

- Je ferai des efforts quand vous en ferez, répliqua t-il finalement en se relevant.

Et comme pour répondre à ma provocation, il ajouta, en accompagnant ses paroles d’un geste de l’index :

- Ma-de-moi-selle Vi-llard !

Il retourna la souris et l’examina, comme s’il allait pouvoir diagnostiquer les séquelles de sa chute. Il ouvrit l’écran de l’ordinateur portable, le démarra, puis d’un coup de menton, il me désigna la première table face au bureau -qui était désormais la mienne-.

- Prenez une chaise et attendez bien sagement que l’ordinateur s’allume.

Je m’installai à côté de lui, et regardai distraitement les paramètres Windows défiler. Puis, une page noire apparut, et durant quelques secondes, me permit de distinguer nettement son visage dans le reflet de l’écran.

Sa large mâchoire contrastait avec son front étroit et ses lèvres fines. La couleur de ses iris, vagabondant entre le bleu foncé et le gris clair, rendait son regard unique et mystérieux. Des mèches blondes tombaient négligemment sur le côté droit de son visage. Sa coupe me rappelait Kian Egan du boys band Westlife. Depuis toute petite, lorsque mes yeux croisaient le portrait de ce groupe, dans le bureau de ma mère -leur plus grande fan, à ce que je sache-, je trouvais leurs coiffures toutes aussi démodées les unes que les autres. Mais curieusement, à cet instant précis, je du revoir mon jugement. Il fallait bien admettre que cette coupe vieillotte apportait une touche de folie au visage sérieux de mon professeur. Juste avant que l’écran n’affiche une nouvelle page, je le surpris à jeter un coup d’œil furtif en direction de mes cuisses, sur lequelles ma jupe noire remontait un peu trop facilement, à cause de mes collants. Refusant d’admettre de vive voix que je l’avais capté -cela signifirait admettre que je le dévisageais en douce-, je me contentai de l’avertir en croisant les jambes. Mon genou heurta le bureau, et je marmonai un juron entre mes dents.

- Pardon ? fit-il.

Je me demandai si ma grossiérté l’avais choqué, où s’il pensait réellement que j’avais tenté de dire quelque chose d’audible. Après tout, il avait en tête de m’apprendre les bonnes manières, et moi de ne pas me laisser faire -tout en me le mettant dans la poche, ambitieux comme projet, non ?-.

- J’ai dit : putain…

- Aucun mot de ce genre dans ma salle de classe, Mlle Villard.

Je ne répondis pas -mais hocha la tête- et nous restâmes silencieux jusqu’à ce qu’il double clic nerveusement sur l’icône « MapDraw3 ».

- Bon alors, vous lancez ce logiciel, m’indiqua t-il de l’index de la main gauche. Il est un peu long a se lancer, c’est normal…

Pendant que le logiciel chargeait tous les paramètres de démarrage, mon voisin tapotait de manière très rythmé sur le bouton gauche de la souris. De l’autre main il battait la mesure sur sa cuisse. Joue-t-il de la batterie, me demandais-je en apercevant les muscles de son avant-bras se contracter imperceptiblement sous sa peau claire. Un professeur d’histoire-géographie, musicien ? Pas possible. Lui ? Encore moins ! Ou peut-être violoncelliste à ces heures dans une maison de retraite. Mais certainement pas batteur dans un groupe de hard-rock !

Puis s’en m’en apercevoir, j’avais déjà posé la question :

- Vous faites de la musique ?

Il parut surpris un court instant, mais après s’être raclé la gorge il répondit, impassible :

- Je ne pense pas que ce soit le sujet du jour, Mlle Villard. Nous sommes ici pour travailler, pas pour raconter nos vies. Je ne suis pas votre chère ex-voisine de classe, donc abstenez vous de me parler, sauf si c’est pour des questions intelligentes. Clair ?

- Très.

Il m’exaspérait, je le détestais. Je détestais sa manière de me rabaisser constamment. Sa manière de me faire la morale. De me rappeler que j’allais être virée. Que j’étais trop bavarde. Trop insolente. Détestée.

Il avait décidé de me mener la vie dure, voire impossible, et je comptais bien me venger. Quelle que soit la méthode à employer ou le niveau auquel je devais tomber.

Alors qu’il m’expliquait les bases de MapDraw3, je me balançais sur ma chaise, et un objet foncé, dépassant de la poche de sa veste de costard, pendue au dossier de sa chaise, attira mon attention.

Un téléphone portable ? Trop gros.

Un Ipod ? Encore pire !

Une Nitendo DS ? Il est trop « vieux jeu » pour ça !

Un agenda ? Pourquoi pas…

Une blague à tabac ? Pas le genre à fumer.

Un portefeuille ? Bingo ! 

Posté par Sephirotha18 à 15:24 - Commentaires [0] - Permalien [#]